jeudi 10 mars 2016

100316


le matin où la mer se retire
– grandes marées – jamais vu autant de terres couvertes / jamais vu autant de terres vides /
jamais vu autant de regards affraîchis
en ces lieux mouvants drapés de strates irréelles de vastes oiseaux apparaissent becs fantômes pattes spectres ligne étirée vers
la double attitude de l'immobile & du flottant
& dedans innombrables furtifs des corps non formés des corps de défense ou de fatigue
des corps bâtissant un seul rivage
monamour
sanctifié par nos lèvres
jamais sur terre autant de choses vives ni de désir sous chaque roc 

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lundi 7 mars 2016

070311


rien ne conservait sa forme propre
surtout pas la mémoire qui gonflait
dans l'humeur invisible de la matière tue
& se vidait par à-coups de tempête désenchantée

le monde flottant flottait
ne trouvant nul appui durant ces périodes de grande attente
flottait surtout là en ce
qu'on ne nommait pas encore

été                    & particule – moi
particule de particule – enfant moi
ne comprenait du monde qu'un chemin
dont la trace à venir s'incluait dans hier

un chemin où je te rencontrai toi – particule d'autre – promis de paroles –
toujours plus complexe que ton ombre
où nous se formait
remplissant l'air de la lumière absente 

dimanche 6 mars 2016

060316


pas écrire pour l'équilibre pas écrire pour sauver pas écrire pour
écrire une inclusion de vivre écrire pas pour
écrire sur le dos du bison qui court
écrire sur la paroi avec la flamme du premier feu
dans le prolongement du corps écrire à la trace
sous la voûte de la voix sainte & première
écrire par coulée de cendre & d'étoile

samedi 5 mars 2016

050316


l'exil sur les fronts bleus – l'échappée des nuages /
de la poésie vraie à c'qu'on dit de la poésie vraie
pas savante mais vraie qui sort de la bouche des rues
& des gensses des vrais pas des faux des gensses
qui ne parlent pas rendre la poésie aux gensses la rendre
la rendre sur le pavé la rendre entre deux sexes la rendre –
l'exil sur les fronts bleus – l'échappée des nuages /
du mot porteur de pavé lisseur d'écrou du mot raide
du mot cru pas de jonquilles du mot de cul pas
de narcisses du mot quotidien quotidien le mot
parlent toujours ceux qui parlent parlent toujours les mêmes
s'adressent toujours aux autres du temps qui parle
oukase & haine enchaînés – jonquilles narcisses
le verbe au vent s'accroche aux déroutes du bitume
& quoi qu'elle dise qu'elle puisse être
la poésie s'arrache jusqu'aux lieux du motif qui se métamorphose
l'exil sur les fronts bleus – l'échappée des nuages /

jeudi 3 mars 2016

030316


en fait je dois vous dire —
je sais qu'il y a bien du malheur dans ce monde
parfois j'y vais j'en pleure quelque fois même il s'est invité dans ma chambre
oui & loin des plaintes – sèchement dedans —
pour vous dire à quel point nous nous fréquentons
& à quel point du poème de malheur il y en aura éternellement à écrire.
mais voilà ce que je veux vraiment vous dire
c'est qu'en cas de grand amour qui pourrait présager
d'un très grand bonheur le poème toujours se présente
& que c'est une sacrée belle découverte qu'il puisse encore
s'écrire quand tu m'embrasses de cette manière


SON ICI (CLIQUER)

mercredi 2 mars 2016

020316


&puis

le monde – peuplé de laborieux sédentaires
très concentrés sur les fourches aveugles de leurs toits
pas bouger – ça implique une absence de marche
un néant de pas la conviction du silence absolu
d'un bienfait qui viendrait de là.

or des hordes. des hordes de tanguants.
des hordes d'exilés. de marcheurs. de boiteux.
d'infirmes chancelants. des hordes & des hordes.
qui portent des noms mauvais de choses mouvantes
vents flots espoirs guerres amours même montagnes –
qui sous chaque nouvelle lumière se détendent d'une course –
même morts qui arpentent les ruelles rouges des vifs –

les immobiles – lisses exils d'humains –
s'effraient lacrymogènent se ratatinent
contiennent poussent condamnent
accusent
justifient
s'exécutent
les immobiles meurent comme les autres
mais d'une mort plus mortelle

car le chant des passants les odyssées terribles
l'océan les déserts les pleurs les membres arrachés
les fuites les hasards les destins
car la force des hommes déplantés le cri élémentaire
sur lequel s'engrainent les possibles
car ce pas minuscule qui suffit pour que les îles s'ébranlent

ou le hurlement d'un seul – miracle hébété –
parlant la langue errante l'unique des humains 

 

mardi 1 mars 2016

010316


& puis j'aurais aimé écrire en langage sale
(viens d'apprendre que Dan Fante & sa grosse
barmaid relève savamment du réalisme sale) ohoh
ça oui écrire comme ce côté-ci du monde – bon –
la nature & le reste ont fait que j'écris de ce côté-là
propret mais bordélique je dépendrais donc plutôt
d'un mouvement qu'on pourrait qualifier comme ça :
bordélisme soigné ou pas de mouvement du tout
ou du seul mouvement qui déborde toujours
ce qui entreprend par moi de penser parler aimer
en ce moment & pour longtemps c'est toi qui
déborde
monamour
inclassable
déborde ohoui & bien souvent salement bien

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